«Je veux mener une vie normale»

POLEMIQUE • Sprayé et abandonné dans les bois de Sauvabelin par la police lausannoise, le jeune Kaled Mohamed Ali, mineur au moment des faits, a obtenu gain de cause après six ans et demi de procédure. Il cherche désormais à reconstruire sa vie et demande un geste à la Municipalité.

  • Kaled Mohamed-Ali, victime des forces de l'ordre en 2006.

    Kaled Mohamed-Ali, victime des forces de l'ordre en 2006.

Il affiche un profil bas, sérieux et déterminé. Pourtant, malgré son jeune âge - il n'a pas 23 ans - , il pourrait la ramener. Kaled Mohamed-Ali a en effet fait plier la justice lausannoise dans une affaire qui a longtemps défrayé la chronique. L'histoire de David contre Goliath, mais dans sa version lausannoise. Celle d'un petit ado black de 14 ans qui a déjà pas mal de bêtises à son actif et pas la langue dans sa poche, contre des policiers lausannois excédés qui, en 2006, finissent par en faire trop et l'abandonnent dans les bois de Sauvabelin, non sans l'avoir auparavant sprayé au poivre.Après une longue et épique bataille judicaire, et de recours en recours, le Tribunal fédéral suisse a fini par donner raison au jeune Erythréen et décrète l'annulation de l'acquittement des policiers, dont la version des faits avait été remise en cause par le témoignage d'un ancien inspecteur de la police judiciaire. Au final, deux des policiers mis en cause sont définitivement condamnés, après six ans et demi de procédure.

Baume au cœur

Pour le jeune homme, qui a considérablement mûri depuis, le verdict symbolique fait l'effet d'un baume au cœur. «Ce n'est pas que pour moi, mais aussi pour toutes les personnes qui ont été victimes de ces gars-là, affirme-t-il aujourd'hui sans triomphalisme aucun. Cela montre que la Suisse est un pays de droit et de nombreuses personnes toutes races et toutes classes sociales confondues m'arrêtent dans la rue pour me soutenir. Je n'ai plus la haine contre personne, tout cela m'a fait mûrir et l'objectif désormais est de me reconstruire».Se reconstruire: tout un programme quand on est Erythréen sans père, arrivé en Suisse à l'âge de... un an et que l'on a un permis F... depuis plus de 20 ans! «J'ai terminé mon apprentissage de concierge et je cherche du travail, raconte dans un français parfait et posé, le jeune Lausannois, dont le casier judiciaire est vierge et qui aspire un jour à devenir pompier. Mais c'est le chat qui se mord la queue: les employeurs veulent un permis B, et pour avoir un permis B, il faut un emploi. Cherchez l'erreur!»Mais il y a pire: héritage de ses bêtises passées, bien avant le lamentable épisode des bois de Sauvabelin, Kaled Mohamed Ali doit une forte somme à la Ville de Lausanne à titre de réparations des dégâts commis il y a une décennie. «C'est vrai, j'ai fait des bêtises, admet-il, mais tout est terminé depuis longtemps et je n'aspire qu'à mener une vie normale, travailler et m'occuper de ma mère et de ma soeur. En tout respect et en toute humilité, je demande à la Ville de Lausanne de faire un geste financier pour moi, afin que je puisse enfin démarrer dignement ma vie, surtout que j'ai été très lésé par cette malheureuse histoire!»En tant qu'autorité de tutelle qui a subi le désaveu du jugement émis en défaveur de sa police, la Municipalité saura-t-elle répondre aux attentes de son jeune administré?