Une Vaudoise se jette à l’eau pour son fils dyspraxique

EXPLOIT • C’est une belle histoire. Du genre qui fait du bien en cette période anxiogène de post-covid. Ce dimanche 6 septembre, une maman et enseignante vaudoise a traversé le Léman à la nage sur 14 km pour mettre en lumière le trouble mal connu dont souffre son enfant.

  •  Carole Brülhart va traverser le Léman à la nage sur 14km pour mettre en lumière le trouble mal connu dont souffre son enfant. LAURENT GRABET

    Carole Brülhart va traverser le Léman à la nage sur 14km pour mettre en lumière le trouble mal connu dont souffre son enfant. LAURENT GRABET

Les idées les plus folles sont souvent les plus belles à condition toutefois de se donner les moyens de les concrétiser… Carole Brülhart en sait quelque chose. «Je ne suis pas une vraie nageuse, à la base je suis plutôt une montagnarde volleyeuse…», énonce-t-elle le plus sérieusement du monde en extirpant du Léman un corps athlétique et longiligne trahissant pour l’œil averti bien des heures de glisse puissante en eau douce. Pas une «vraie nageuse» donc, mais c’est rudement bien imité. En ce matin de juillet, la Vaudoise vient de boucler son énième entrainement de 3 km, une «session tranquille », dit-elle.

Un «handicap caché»

Ces quatre derniers mois, la tout juste quadragénaire a engrangé crawls après crawls, pas moins de 300 km d’entrainement. Le tout avec un objectif en forme d’idée fixe en tête: traverser le Léman à la nage ce prochain dimanche 6 septembre. Et pas n’importe où: là où il est le plus large évidemment. Soit sur 14 long kilomètres dans les courants, les vagues et les vents entre Evian et Cully, le village de son enfance. Pas seulement pour la beauté du geste non, ni pour sa difficulté ou pour flatter son égo de sportive! Mais surtout pour les beaux yeux de son fils unique Benjamin, 8 ans, qui l’escortera tout au long de cette aventure en «paddle-board», mais aussi pour ceux de tous les enfants qui, comme lui souffrent de dyspraxie.

Ce trouble développemental de la coordination se caractérise par une difficulté à planifier ou exécuter des mouvements. Il génère beaucoup de fatigue chez les jeunes concernés. «Il y a autant de dyspraxies que de dyspraxiques, mais tous ont un mal fou à réaliser tel ou tel geste du quotidien et doivent mettre en place des stratégies alternatives tant cela leur demanderait d’énergie de procéder normalement. Dans les domaines leur posant problème, c’est un peu comme s’ils devaient nouer leurs lacets de chaussure les mains engoncées dans des gants de boxe. Et de l’extérieur, la chose n’est malheureusement pas toujours compréhensible…» Ainsi la doctoresse française Michèle Mazeau, spécialiste bien connue de la question, a coutume de qualifier la dyspraxie de « handicap caché ».

Méconnaissance et intransigeance

Carole Brülhart et son fils en savent quelque chose. Ils ont en effet dû traverser de long mois de mal-être et subir l’incompréhension et l’intransigeance de la part des professeurs de Benjamin. Ces derniers parlaient même de placer ce cas difficile en Matas (ndlr: ces structures d’accueil temporaires dédiées aux élèves vaudois en grande difficulté scolaire), alors qu’il a plutôt un profil de type «haut potentiel» (HP) comme d’ailleurs beaucoup d’autres «dys» (dyscalculique, dysgraphique, dyslexie). Finalement, en novembre dernier, le jeune garçon a été diagnostiqué dyspraxique par un neurologue. Ce fut un soulagement. «Mais ce médecin m’a prévenu: “Si on ne fait rien, à l’âge de 13 ans, ce gamin foutra le feu à des bagnoles!’’. Les jeunes dyspraxiques entretiennent en effet une immense colère, notamment contre eux-mêmes et leur estime de soi est rarement au top… », constate la mère célibataire qui, en quelque mois seulement, semble être devenue, en autodidacte, une spécialiste de ce trouble.

Les spécialistes estiment que 2 à 4% des enfants seraient touchés dans le monde. Cette statistique grimpe à 6 à 8% en France par exemple. Ce mal, que l’on contrecarre plus facilement s’il est détecté avant l’âge de 3-4 ans, est mal connu du grand public et donc pas toujours diagnostiqué à temps. Avec son futur exploit, Carole Brülhart espère contribuer à changer la donne. Elle a déjà réussi avec un enfant de son entourage et dans son métier d’enseignant, elle estime avoir «triplé son quota de bienveillance» vis-à-vis des jeunes en difficulté. Quatre de ses élèves l’escorteront d’ailleurs en formation de paddleurs lors de son exploit.

Des amitiés et des «oui»

«Au début, cette traversée était un projet entre mon fils et moi, puis des amis se sont greffés dessus. Un copain photographe amateur m’a fait bénéficier de son talent pour faire connaitre notre initiative. Nombre des journalistes sollicités l’ont relayé…» Carole Brülhart nagera au profit de l’association «Dyspra-quoi» pour laquelle elle lève des fonds et qui tiendra un stand à l’arrivée. Il est possible de soutenir son projet en lui faisant un don. Mais accompagner le duo dans son dernier kilomètre ou simplement venir l’applaudir le 6 (repoussé au 13 si mauvaise météo) vers 13h lors de leur arrivée sur la place d’armes de Cully (VD) est aussi possible. Laurent Grabet

www.dyspraquoi.ch , suivez Carole et Benjamin sur Instagram swimmdys_cb. Faire un don sur le CCP 10-133329-0 (mention : swimmdys).

Pari réussi!

Carole et Benjamin Brülhart ont réussi leur pari (Lausanne Cités du 2-3 septembre)! Carole Brülhart, l’enseignante vaudoise de 40 ans et son fils de 8 ans ont traversé le Léman le 6 septembre dernier entre Evian et Cully. Soit 16 km au lieu des 14 prévus et bien souvent à contre-courant pour 7h d’effort avec pour objectif de faire connaître la dyspraxie. Ce trouble développemental reste mal connu des parents et des enseignants bien que touchant 2 à 4% des enfants dans le monde. Or, plus il est détecté tôt, mieux il peut être contrecarré. «C’était une aventure difficile mais humainement dingue, commentait Carole Brülhart à l’arrivée. La dyspraxie de Benjamin m’a appris que la différence doit nous enrichir plutôt qu’être jugée en termes de mieux ou moins bien.» Neuf médias romands ont parlé de l’aventure et donc de la dyspraxie.